Des étudiants en médecine ouvrent la discussion

SANTÉ. Un groupe de cinq étudiants de troisième année en médecine de l’Université de Sherbrooke ont récemment décidé de s’attaquer à la problématique des écrans chez les jeunes. Au travers de séances de discussion animées dans les écoles primaires, ils conseillent et éduquent les parents sur les risques pour leurs enfants.

À l’origine, le projet est né dans le cadre d’un cours universitaire, où les étudiants étaient invités à collaborer avec un acteur de la région pour développer une activité à vocation sociale. L’équipe de Ramy Adem, Vincent Ly, Wesley Yan, Kevin Villarpando et Ayman Nadi s’est donc penchée sur la problématique du temps d’écran chez les enfants.

« On a d’abord été jumelés avec l’école primaire Jean-XXIII et on devait absolument aborder le thème du temps d’écran chez les jeunes. L’idée, c’était de créer quelque chose de concret, qui pourrait rester en place à long terme et même être repris ailleurs », explique Ramy Adem.

Lors de leur première activité, organisée dans une école en milieu défavorisé, les étudiants ont été frappés par la réaction de la communauté, mais aussi par leur engagement. « Beaucoup de parents savaient vaguement que trop d’écran, ce n’est pas idéal, mais c’était la première fois qu’ils prenaient réellement le temps d’en discuter ensemble, d’échanger des expériences, de réfléchir aux alternatives possibles, observe Ramy. On sentait que ça changeait quelque chose dans leur façon de voir la situation. »

L’équipe a aussi dû convaincre les parents de participer en se rendant directement dans les écoles pour présenter l’initiative. « On expliquait le projet, on invitait les parents sur place et finalement, on a été vraiment étonnés du niveau d’intérêt. Une cinquantaine de personnes ont manifesté leur volonté d’être là », souligne Kevin Villarpando. 

Une approche inspirée de la médecine

Pour favoriser les échanges, les étudiants ont adopté une formule inspirée de l’apprentissage par équipe, un modèle qu’ils utilisent fréquemment dans leurs cours. « On formait des tables de petits groupes et un animateur lançait des questions ouvertes. Les parents discutaient entre eux, puis on revenait en grand groupe pour partager ce qui ressortait. Ensuite, on ajoutait de l’information factuelle et des alternatives concrètes », indique Ayman Nadi.

Cette méthode, basée sur la participation active, a été particulièrement appréciée. « On ne voulait pas imposer des statistiques froides. Le but, c’était que les parents construisent leur propre réflexion, mais avec la bonne information en main », poursuit ce dernier.

Réalisant que cette activité semblait avoir l’effet escompté, ils ont ainsi décidé de poursuivre dans d’autres écoles. Lors de leur plus récente séance à l’école LaRocque, les étudiants ont même invité des élèves de 5e et 6e année à participer. « Ça a été un succès, raconte Ramy. Les jeunes ont posé énormément de questions et apporté des points de vue surprenants. On veut clairement reprendre ce format. »

Les défis du temps d’écran : une réalité bien concrète

Du côté des parents, plusieurs inquiétudes reviennent fréquemment. « Le plus gros défi qui était soulevé, c’est la gestion du temps d’écran au quotidien, mentionne Wesley Yan. Pendant les discussions, les parents partageaient leurs stratégies, comme encourager l’activité physique, favoriser la bibliothèque, proposer du contenu éducatif. Le simple fait d’en parler ensemble leur donnait des idées nouvelles. »

Pour nos étudiants, les rencontres ont permis de mesurer concrètement l’impact de leur initiative. Vincent Ly se souvient d’un échange marquant. « Une directrice souhaitait qu’un parent en particulier assiste à l’activité. Non seulement il est venu, mais il a été l’un des plus engagés et il est resté après la séance pour nous poser des questions. C’est là que j’ai réalisé qu’on faisait vraiment une différence. »

Les directions d’école, elles aussi, ont rapidement remarqué les retombées positives. « La directrice nous a dit que c’était la première fois qu’elle voyait les parents discuter aussi librement entre eux », rapporte Kevin.

Un projet appelé à grandir

Avec leur externat qui commencera bientôt, il sera difficile pour les cinq étudiants de maintenir ce projet à flot. Pour en assurer la pérénnité, ils ont déjà recruté cinq étudiants de première et deuxième année pour prendre la relève. « On veut que ça continue, et que ça s’étende à d’autres thèmes liés au développement des enfants », indique Ayman.

Malgré un horaire chargé et des études exigeantes, tous s’accordent sur un point : ces rencontres ont confirmé l’importance du dialogue entre les familles, les écoles et les futurs professionnels de la santé. « Voir les parents réfléchir ensemble, partager leurs réalités et trouver des solutions concrètes, c’est exactement ce qu’on espérait », conclut Wesley.