Quelle est la place des partis politiques dans le milieu municipal ? 

POLITIQUE. L’arrivée potentielle d’un nouveau parti politique à Sherbrooke en Vision Action Sherbrooke et d’un mouvement politique en faveur des indépendants (Ralliement Citoyen) a ravivé un débat. Certains citoyens se questionnent à savoir si une ville devrait être gouvernée par un parti politique.  

Dans plusieurs villes du Québec comme Saguenay, Laval et Montréal, pour ne nommer qu’elles, les partis politiques font partie du paysage depuis des décennies. Sherbrooke n’en fait pas exception. Après le règne de huit ans du Renouveau Sherbrooke piloté par Bernard Sévigny de 2009 à 2017, Steve Lussier, un maire indépendant, est venu entrecouper le retour d’un parti au pouvoir avant l’élection d’Évelyne Beaudin à la tête de Sherbrooke Citoyen. 

Selon la professeure-chercheuse à l’Institut national de recherche scientifique, Sandra Breux, qui se spécialise dans la science politique, le regard des Québécois sur la politique municipale est intimement lié à celui des Américains. Selon elle, cette question est un héritage historique.

«En fait, il y a une influence des États-Unis qui fait en sorte qu’au Québec, on a eu plus tendance à considérer la scène municipale comme apolitique explique-t-elle. Dans les années 1960, à Montréal, il y avait tout un tas d’éléments qui amenait à dépolitiser au maximum. Notamment, on faisait de l’électeur quelqu’un qui devait payer des taxes. Un autre élément historique est ce lien de dépendance des municipalités avec le provincial qui font en sorte qu’elles devaient gérer que des enjeux techniques soi-disant non politiques.»

Mme Breux ajoute qu’il s’agit d’une piste de réponses qui explique pourquoi les deux points de vue s’affrontent à chaque élection. 

Pour la professeur de l’École de politique appliquée à l’Université de Sherbrooke, Joanie Bouchard, se présenter sous la bannière d’un parti politique peut être plus facile. 

«Lorsque les citoyens entendent parler des élections, ils vont être peu au courant de qui les représentent dans leur district. On ne sait pas toujours ce que ces personnes veulent mettre de l’avant comme idées. Tandis que lorsqu’on a des formations politiques, il y a la possibilité que si on connaît moindrement la formation politique on puisse être enligné sur les idées qu’elle va présenter», nomme-t-elle. 

Les deux professeurs universitaires s’entendent sur le fait qu’il y a plusieurs avantages à la présence d’un parti politique, surtout en marge de l’élection. 

Mme Breux affirme qu’ils favorisent la diversité dans le recrutement des candidats. 

« Les derniers chiffres montrent que les femmes ont plus tendance à se présenter sous l’étiquette d’un parti que les hommes. C’est un élément important, on peut aussi penser que sans formation politique, l’accès au statut de candidat serait peut-être plus difficile, autant pour les femmes que les membres de la diversité (culturelle ou sexuelle) », en mentionnant que la diversité dans le monde municipal est loin d’être parfaite.

L’un des avantages des indépendants pour Mme Breux est le fait que les élus puissent faire des alliances à la pièce en fonction des enjeux. 

Pour Mme Bouchard, ce n’est jamais tout noir ou tout blanc. Il y a de la nuance. Selon elle, les compétences municipales ont augmenté, ce qui complique, quant à elle, le rôle des municipalités. 

Le phénomène vu de l’intérieur 

Les opinions s’entrechoquent lorsqu’il est question de la pertinence des partis politiques au sein de l’appareil municipal de Sherbrooke, autant au sein de la population que les intervenants qui sont impliqués de plus près. 

Pour la cheffe de Sherbrooke Citoyen et mairesse de Sherbrooke, Évelyne Beaudin, la présence des partis politiques est plus que nécessaire, notamment pour avoir une plus grande diversité dans les candidatures lors des élections et donner un coup de main 

à ceux qui sont moins familiers.

« Faites juste regarder l’ensemble des candidatures indépendantes et ceux qui sont associés à un parti politique, vous remarquerez qu’il y a beaucoup plus de diversité dans un parti parce que, parfois, les femmes vont avoir une hésitation additionnelle, on peut voir le même obstacle pour les personnes qui ne sont pas nées au Québec», affirme-t-elle. 

De son côté, la conseillère indépendante, Hélène Dauphinais, est en accord qu’il s’agit d’une manière de faciliter l’accès à un poste d’élu, mais elle considère que cela vient avec des désavantages.

« Quand on regarde le fonctionnement au jour le jour au conseil municipal, personnellement, je trouve que ça amène plus de nuisances. Le parti veut bien paraître, livrer ses idées et favoriser ses membres», déplore-t-elle.

Mme Dauphinais a toujours espéré que le municipal soit « exempt » des partis politiques.

« Le municipal est le seul palier politique où un individu peut se présenter avec ses valeurs et ses idées pour représenter les citoyens. J’aurais aimé qu’on garde cette sphère politique exempte des partis. Ceux qui aiment ça, qu’ils aillent au provincial ou au fédéral, mais qu’ils laissent le municipal tranquille. Moi, ça serait mon meilleur souhait ». 

Par ailleurs, un mouvement nommé Ralliement Citoyen est né à la fin de l’année 2023 à Sherbrooke. Les personnes impliquées se braquent contre les partis politiques. Ces derniers veulent également accompagner des futurs candidats qui aimeraient se présenter à titre d’indépendant ou sans affiliation. Le mouvement souhaite également tenter d’augmenter le taux de participation aux élections par leurs actions.

« On veut ramener l’harmonie, et le gros bon sens à Sherbrooke en prônant une vision saine et durable des affaires municipales. On veut aussi aider les personnes qui auraient les compétences de se présenter en tant qu’élu », indique Carol Boulay, l’un des membres du groupe, qui est près de l’ancien maire de Sherbrooke, Steve Lussier.