Une entrée charretière laisse un goût amer à des citoyens de Fleurimont
MUNICIPAL. Des citoyens de la rue des Secrétaires, dans l’arrondissement de Fleurimont, se sentent floués par la Ville de Sherbrooke alors qu’une entrée charretière menant à un immeuble de 18 logements, a été approuvée, bien que les citoyens avaient reçu une promesse verbale de la part du promoteur que cette entrée allait se retrouver sur King Est.
Remontons à 2021 pour bien comprendre. Le promoteur Jérémy Pellerin prépare un développement de huit bâtiments sur la rue King Est. Actuellement, six bâtiments sont construits. Les septième et huitième blocs prévus ont été finalement été convertis en un seul bâtiment de 18 logements, qui est présentement en construction. C’est à la suite d’une rencontre avec le promoteur en 2021 pour expliquer le projet, et après avoir reçu l’intention du promoteur de ne pas construire d’entrée charretière sur la rue des Secrétaires que les voisins ont, conjointement, décidé de ne pas contester le projet. Ainsi, de ne pas faire de demande de référendum et accepter le changement de zonage, comme tel.
Selon les documents publics, une demande de permis pour la construction a été demandée le 14 juin 2024, et approuvée par le comité consultatif d’urbanisme de Fleurimont le 23 septembre 2024 après l’adoption du Plan d’implantation et d’intégration architechturale. C’est lorsque que la construction a commencé pendant cet été que les citoyens ont resté « bouche bée ». Selon eux, aucun signe ne laissait croire que ce scénario était possible.
« On avait été réconforté parce que le promoteur était d’accord avec le fait de ne pas sortir sur la rue des Secrétaires. Les premiers blocs ont commencé à se construire avec des entrées sur la rue King Est, on s’avait qu’un bloc allait être en arrière, mais cet été, surprise, il y a commencé à avoir de l’excavation pour débuter la construction de l’entrée sur notre rue », affirme l’un des citoyens, Dominic Lessard. Ce dernier a appelé le promoteur, recevant comme réponse de sa part qu’il s’agissait d’une obligation de la municipalité.
« On se serait prononcer contre le projet en l’ayant su, c’est certain », poursuit M. Lessard.
La bande tampon, le nerf de la guerre ?
Une autre raison qui faisait en sorte que les citoyens s’inquiétaient moins de cette possibilité est qu’ils se fiaient sur le fait que le zonage stipule qu’il a une une bande tampon de « cinq mètres » qui sépare les deux zones domiciliares.
Jacques Lettre, qui habite aussi sur la rue, rapporte que ses voisins et lui se basaient aussi sur un rapport de consultation qui a été présenté en 2021. Dans celui-ci, on pouvait y lire que des citoyens étaient venus exprimer des préoccupations concernant une entrée charretière sur la rue des Secrétaires, suivi d’un commentaire d’un agent professionnel en urbanisme à la Ville de Sherbrooke, Wilson Perreira.
« Cela étant, ces préoccupations ne sont pas fondées puisque la présence d’une disposition spécifique exigeant une bande tampon le long de la zone H0747 ne permettra pas la présence d’entrées charretières à partir de cette rue », pouvons-nous lire dans ce rapport de consultation déposé lors du conseil municipal du 13 septembre 2023.
Ce sentiment d’« impuissance » s’est rapidement transformé en « frustration ». « Ça sert à quoi cette bande de protection si on peut faire n’importe quoi dedans. Je veux dire, dans une bande tampon, tu es supposé aussi avoir des arbres ou des haies, ils seront où dans l’entrée charretière? On s’est fait passer un sapin en 2024 quand le dossier est repassé en arrondissement. »
Une méfiance s’est crée chez les citoyens depuis que le chantier a débuté et que les camions se sont mis à circuler sur leur rue.
« J’ai l’impression que la Ville a décidé, point ! Elle aurait pu nous consulter en 2024. Ça s’est fait en catimini. Je me suis fais répondre que c’était à nous de nous occuper de nos affaires, mais on peut pas présumer, on peut pas écouter tous les conseils non plus », explique Jacques Lettre.
Concernant cette bande tampon, le service de la planification et de la gestion du territoire affirme que le projet respectait la réglementation.
« Quand on analyse le règlement, on peut pas tout faire, on peut pas faire n’importe quoi, mais il n’est pas interdit de faire une entrée charretière dans une bande tampon, donc c’est pour ça que ca été permis », soutenait la directrice du service de la planification et la gestion du territoire, Émilie Audet, lors du conseil d’arrondissement de Fleurimont du 1er octobre dernier.
Cependant, pas question de lâcher le morceau pour ces citoyens qui se sont tournés vers l’ombudsman de Sherbrooke.
« On laissera pas tomber ça c’est certain parce que ça pourrait impacter d’autres projets dans la ville. C’est pas juste ici que ça va percer, tout le monde va vouloir utiliser ce droit », se questionne une autre citoyenne, Josianne Deraspe.
De son côté, l’ombusman n’a pas confirmé la prise en main du dossier pour des raisons de confidentialité des dossiers.
La conseillère du district de Desranleau, Danielle Berthold, affirmait en décembre, lorsque questionnée par le Sherbrooke.info, être derrière les citoyens dans ce dossier, disant comprendre également la frustration de ces derniers.
Une problématique de sécurité selon les citoyens
Les citoyens, quant à eux, craignent pour la sécurité avec la hausse du nombre de véhicules qu’amènerait les 18 nouveaux logements.
« La vitesse et le traffic nous inquiète, avec les camions de livraison, les voitures aditionnelles. Il y a plusieurs personnes qui ont choisi volontairement la rue parce qu’elle était en U, parce que ça réduisait le nombre de voyagement aux voisinages ou presque. Il y a pleins d’enfants dans la rue », affirme Marcelle Maguire.
« Du jour au lendemain, on vient doubler le nombre de domiciles, parce que sur la rue, on est 37 maisons. Ajoutons, la visite, les livraisons, ça fait du monde en masse », retorque immédiatement, Jacques Lettre
Lors de la même séance du conseil d’arrondissment du 1er octobre, la directrice du service des infrastructures, des eaux et des projets majeurs, Caroline Gravel était aussi présente. Selon Mme Gravel, la circulation sur la rue des Secrétaires augumentera, mais pas de manière «significative».
« Vous avez actuellement une rue avec moins de 200 véhicules par jour, avec les 18 logements, on serait autour du 280 véhicules par jour au lieu du 205 actuellement. Sachez qu’une rue résidentielle de neuf mètres comme l’a vôtre peut recevoir jusqu’à 3000 véhicules jour et plusieurs rues qui reçoivent ça », a mentionné Mme Gravel aux citoyens présents.
Une rencontre déterminante avec la mairesse ?
Quelques jours avant Noël, la mairesse de Sherbrooke, Marie-Claude Bibeau, qui a rencontré les citoyens de la rue des Secrétaires le 22 décembre, estime que le nœud de la problématique réside dans une interprétation différente. Elle affirme également qu’il n’existe pas de « solutions faciles ».
De son côté, elle ne croit pas qu’il y ait eu de manquement de la part des équipes municipales dans ce dossier.
« Je ne crois pas qu’il y ait eu de faute. On est plutôt dans l’interprétation et la compréhension. Je pense surtout que tout ce qui traîne se salit et que le fait que ce projet se soit échelonné sur plusieurs années, qu’il ait évolué, et que différentes équipes aient travaillé dessus, fait en sorte que, lorsque la mémoire corporative ne suit pas, les interprétations peuvent différer. Tout le monde était de bonne foi », explique-t-elle.
Selon Mme Bibeau, à la suite des discussions du 22 décembre, une nouvelle option est née. Elle souhaite donc prendre le temps de l’analyser avant de rencontrer à nouveau les citoyens.
« Il y a encore des options sur la table que nous sommes en train de considérer, de reconsidérer et de re-reconsidérer. Je veux me donner le temps de challenger au moins une option significative », indique-t-elle, sans s’étendre sur la nature de cette possibilité.
Pour elle, les intentions de la municipalité n’ont jamais été mauvaises dans ce dossier.
« Flouer, c’est un grand mot, parce que ça voudrait dire qu’il y avait une mauvaise intention. Pour moi, ce n’est clairement pas le cas. Je comprends leur déception, à tout le moins, je comprends pourquoi ils se battent pour nous pousser dans nos derniers retranchements. »
Concernant la rencontre du 22 décembre, Mme Bibeau indique qu’elle souhaitait offrir une écoute active aux citoyens.
« C’est un dossier d’exception. Ce n’est pas un désaveu des équipes. Je voulais surtout démontrer aux citoyens que Danielle et moi étions sincèrement engagées à trouver la meilleure solution possible. Je voulais démontrer de l’écoute pour mieux comprendre, amener une nouvelle vue sur la problématique. »
Pour la suite des choses, une nouvelle rencontre avec les citoyens est projetée au cours du mois de février après les vérifications auprès de la nouvelle option rapportée par Mme Bibeau.
La Ville de Sherbrooke, par le biais des communications, n’a pas souhaité émettre de commentaires.
« Des analyses sont toujours en cours dans ce dossier. À ce stade, il serait prématuré de commenter », peut-on lire dans un courriel. Le Sherbrooke.info n’a également pas été en mesure de rejoindre le promoteur.
