Consacrer sa carrière au rayonnement du cinéma et des histoires d’ici 

CINÉMA.  Derrière sa caméra, la cinéaste et réalisatrice, Marie-Lou Béland, souhaite avoir un impact beaucoup plus grand. Son ambition ? Défoncer des portes pour rendre le cinéma en région plus accessible, tout en faisant reconnaître la communauté cinématographique estrienne à sa juste valeur. Et ces portes, elle veut les défoncer en restant elle-même et en gardant le cinéma social au coeur de son action.

C’est une mission qu’elle se donne en réfléchissant à différents projets : un long métrage documentaire, un court métrage de fiction et une série documentaire. Autant d’idées qui dorment dans ses cartons ou qui sont entamées et qui visent à « ouvrir les yeux du monde ».

« L’étape suivante est d’aller dans de plus gros festivals et de continuer à construire mon réseau pour que j’aie une place importante sur la scène cinématographique du Québec. Tout en restant ici. Je pense que c’est possible », partage-t-elle.

Consciente que les enveloppes de financement sont « minimes », Marie-Lou Béland croit qu’il devrait y avoir de la place pour des projets régionaux. « C’est difficile quand tu es émergente et que tu es en région. C’est long se placer. On me dit souvent : “Pourquoi tu ne vas pas à Montréal ?” J’aime l’Estrie. J’y crois. Ça va être long et périlleux, mais on a le talent, la technique et les espaces pour avoir un milieu cinématographique en Estrie. Le milieu est tellement serré que, lorsque des projets naissent, on est tous derrière. »

Pour elle, c’est en se tenant « ensemble » que l’Estrie gagnera ses lettres de noblesse sur la scène provinciale. « On est une petite communauté qui s’entraide, loin de la compétition. On est conscients qu’on est dix pour une bourse ici, mais on ne rentre pas trop en compétition, parce qu’on est contents s’il y a un projet ici. Ça contribue à mousser les projets, ce qui peut amener d’autres bourses et d’autres tournages. »

Lauréate du prix Excellence culture Estrie 2025 en juin dernier, la cinéaste ne cache pas son enthousiasme, même plusieurs mois plus tard.

« J’étais quand même surprise, parce que j’étais finaliste contre de très bons artistes, dont René Cochaux, qui a une réputation énorme. J’étais vraiment contente. Ce sont les membres qui votent, donc ça prouve l’appui du milieu pour mon travail. Ça prouve que je suis à la bonne place. »

Pour elle, ce prix est une manière de se propulser plus loin. « Ça ajoute de la crédibilité pour les demandes de subvention. Pour mes prochains films, ça va être un appui vraiment important de dire : “Vous voyez, j’ai toute la communauté de l’Estrie derrière moi, qui croit en moi, qui croit en mes projets.” »

La force du cinéma social sous son regard

Marie-Lou Béland n’a pas eu un parcours facile, passant de famille d’accueil en famille d’accueil, de centre jeunesse en centre jeunesse. Ces expériences ont forgé en elle une attention particulière pour les humains derrière les façades, une force qui propulse aujourd’hui son art.

« Je veux toujours voir l’humain derrière. C’est ça, mes œuvres. Il y a toujours un portrait pour comprendre l’histoire derrière une personne », affirme-t-elle. 

Cette enfance difficile l’a poussé à devenir intervenante où elle a travailler au centre jeunesse Val du Lac quelques années après sa technique en éducation spécialisée en 2010. Depuis janvier dernier, quand elle n’est pas en tournage, elle travaille au Centre de jour Ma Cabane, une opportunité qui lui permet de conjuguer son amour pour l’humain et ses valeurs d’entraide. Parfois intervenante, son rôle en développement des partenariats consiste davantage à rapprocher les personnes itinérantes et la communauté en créant des projets rassembleurs. Déjà sensibilisée, elle a été surprise de constater le nombre de visages différents qui pouvaient passer en une seule journée.

« C’est entre 80 à 120 personnes que l’on peut voir. Tu peux avoir un jeune de 14 ans en fugue jusqu’à une dame de 78 ans qui se retrouve à la rue. C’est extrêmement humain. C’est certain que ça nourrit ma pratique. Je ne veux pas avoir l’air d’instrumentaliser l’itinérance, mais ce sont tellement des connexions fortes que je crée. Ce qu’ils ont à dire, je n’y aurais pas accès si je ne travaillais pas sur le terrain. Il y a plein de sujets qui me viennent en tête, que je pourrai peut-être utiliser pour améliorer le monde. »

Pour elle, le cinéma social peut être captivant. Elle dit avoir commencé en lançant une pièce de théâtre pour sensibiliser, mais elle trouvait que la diffusion du message était trop restreinte.

“Au théâtre, ça se limite à la prestation et au public présent. Le cinéma est le médium parfait pour combiner tous les arts et passer des messages plus larges. En plus, j’adore raconter des histoires. Le cinéma social, des fois, ça peut rimer avec plate, mais ce n’est pas obligé d’être plate ! “

Le cinéma, d’un bouclier à un gagne-pain

La caméra, le cinéma et la télévision ont toujours joué un rôle important dans sa vie.

” Quand j’étais petite, je filmais tout. D’aussi loin que je me rappelle, j’avais une caméra dans les mains. Avec mon milieu, qui n’était pas très sain, les émissions étaient un refuge pour moi. Je me disais que si je pouvais créer des mondes où les gens pourraient s’évader à leur tour, réfléchir ou changer le monde, ma mission aurait été remplie “, raconte-t-elle, ajoutant qu’elle traînait sa caméra dans toutes ses familles d’accueil.

Elle n’avait cependant jamais envisagé que cette passion puisse devenir une carrière. Elle s’était donc tournée vers l’intervention. « Le cinéma était si loin de mon milieu. Les seuls humains positifs que j’avais côtoyés, c’étaient les intervenants. Dans ma tête, c’était logique de faire ça si je m’en sortais. Je ne pensais pas que je pouvais faire des films, parce que j’étais en région et que je venais d’un milieu pauvre culturellement. Mais ça m’a toujours intéressée, donc j’ai appris de manière autodidacte “, partage-t-elle, avant de compléter un baccalauréat en cinéma à l’UQAM en 2023, ce qui l’a aidée à mettre de la théorie dans sa pratique.

Aujourd’hui, elle se sent reconnaissante de pouvoir faire ce qu’elle fait. ” C’est un privilège de pouvoir faire du cinéma, de pouvoir être financée pour un film. Que ce soit pour mes projets ou ceux des autres, je me demande tout le temps : qu’est-ce que ce projet-là va apporter de plus à la société? “

Actuellement, elle planche sur un court métrage intitulé Dommages collatéraux, mettant en vedette des femmes ayant un fils, un conjoint ou un père en prison, une série web sur des modèles positifs de personnes âgées, ainsi que sur son implication dans Catapulte, un programme d’accompagnement de jeunes cinéastes.