La danse, une passion vitale pour Amandine Garrido
PORTRAIT. Amandine Garrido n’a aucune idée de ce que serait sa vie sans la danse. Cette interprète et chorégraphe d’adoption sherbrookoise crée aujourd’hui avec le désir de faire vibrer les gens. Derrière ce souhait demeure surtout un amour profond pour une passion qu’elle ne veut jamais quitter.
« Mon aspiration est de continuer à danser, c’est une force qui devient toujours plus grande. Je sais que certaines compagnies préfèrent des corps jeunes et agiles, qu’elles cherchent à mettre en valeur l’aspect athlétique de la jeunesse, mais moi, je souhaite pouvoir danser en vieillissant et poursuivre mes créations », confie-t-elle.
Originaire du Chili, Mme Garrido est arrivée au Québec en 2013. Au départ, ce n’était qu’un passage, le temps d’un contrat avec le Cirque du Soleil comme danseuse et trapéziste. Mais elle n’est jamais repartie. Devenue mère, elle a choisi de s’installer dans la région pour permettre à sa fille de fréquenter l’École des Enfants de la Terre, à Waterville. Un déménagement risqué, surtout pour une artiste pour qui la danse a toujours été une passion presque existentielle.
« À ce moment-là, je ne savais pas s’il y aurait des opportunités pour danser. Je ne connaissais pas du tout Sherbrooke, ni ses possibilités culturelles. C’était un saut dans le vide. Je suis arrivée ici sans parler français ni anglais. Les premières années ont été des années de survie », raconte-t-elle, tout en admettant que quitter son pays avait toujours été un rêve, malgré la peur de l’inconnu.
Une passion, pour toujours
Depuis son jeune âge, la danse ne l’a jamais quittée, tellement que dans les fêtes familliales, on devait l’arrêter parce qu’elle dansait sans arrête, raconte-t-elle.
« Ça a toujours été le moyen que je trouvais pour exprimer mes émotions. J’étais une jeune fille timide. J’ai toujours trouvé plus facile de m’exprimer par le corps que par les mots », explique-t-elle.
Pour elle, la danse est bien plus qu’un art : c’est une nécessité. « Je pense que la danse m’a sauvé la vie, en quelque sorte. C’était le moyen que mon être avait trouvé pour traverser les défis de la vie et libérer les difficultés. C’est par la danse que je pouvais canaliser ce que je vivais », confie celle qui a étudié au Conservatoire d’art de l’Université du Chili, où les compagnies de danse sont nombreuses.
C’est à l’adolescence qu’elle a compris qu’elle voulait en faire son métier. « J’avais 15 ans, je me suis mise à m’entraîner tous les jours pour entrer au Conservatoire. Ma famille aurait voulu que je prenne une autre voie, mais c’était trop fort. Je ne pouvais pas ignorer cette force qui me poussait. Le seul moment où j’ai cessé de danser, c’est quand je suis devenue maman. L’amour de la maternité était plus fort », dit-elle.
Pour Mme Garido, la danse est bien plus qu’un travail : c’est une discipline de vie. « C’est un entraînement constant, un peu comme une méditation. Chaque séance sert à équilibrer nos émotions et notre mental. Je vois une différence dans mon corps avant et après avoir dansé. Une harmonie se crée », partage-t-elle.
En vieillissant, elle dit mieux comprendre son corps et ses changements. « On est toujours dans un processus d’écoute. Parfois, des blessures arrivent et on doit adapter les mouvements. Cela nous amène à avoir une relation très intime avec notre corps », poursuit-elle.
Le défi de danser au Canada
Arrivée au Québec sans réseau et sans parler la langue, Amandine Garrido n’était sur le radar de personne. Mais le hasard lui a ouvert des portes.
« Je ne connaissais personne, je ne faisais pas partie du milieu, il n’y avait aucun pont. C’est la magie de la vie qui m’a aidée. Quand je suis arrivée à Sherbrooke, je suis tombée par hasard sur le Centre des arts Jean-Besré. J’avais oublié mon pantalon de neige et, en cherchant un studio, j’ai croisé la directrice de -Sursaut, qui m’a dit qu’il y avait une audition la semaine suivante », raconte celle qui a finalement dansé treize ans pour la compagnie.
Aujourd’hui, elle savoure la diversité des possibilités qu’offre la danse. Elle peut être interprète, notamment pour la Fondation de danse Margie Gillis, comme ce sera le cas lors de son passage au Centre culturel le 27 janvier prochain, ou encore créatrice de ses propres œuvres.
« La création était un besoin. Être interprète, c’est un peu comme être actrice : on doit sans cesse plonger dans les émotions. Quand j’ai commencé à danser moins pour d’autres, plusieurs idées de compositions se sont imposées. Il fallait que je les réalise », explique-t-elle, fière des nombreux prix et nominations qu’elle a reçus au fil des ans.
« Ces reconnaissances m’encouragent à continuer et me forcent à croire en mes folies, en toutes ces idées qui me traversent », confie-t-elle, évoquant avec tendresse la chorégraphie qu’elle a créée avec sa fille de 15 ans pendant la pandémie.
