Une balade pour déconstruire la ville
EXPOSITION. Tanya Morand s’imprègne de chaque ville du globe qu’elle visite. Elle tente de capter l’âme des coins visités. Et à l’invitation du Musée des beaux-arts de Sherbrooke (MBAS), l’artiste a fait l’exercice après avoir parcouru les rues de notre municipalité.
La photographe et collagiste compose des toiles où se côtoient le réalisme de l’image et la fantaisie des couleurs ou l’angle du cadrage. Faisant le choix de ne pas avoir de véhicule, celle-ci parcours le territoire avec un regard aiguisé différemment.
Le thème de la mobilité est d’ailleurs omniprésent dans les œuvres de Tanya Morand. « Je ne conduis pas; je fais tout le temps du vélo ou marcher pour traverser la ville. J’ai beaucoup déménagé aussi, donc vécu dans plusieurs villes », souligne l’artiste.
Elle va placer un jeune sur sa planche à roulette dans un décor composé de façades bien reconnaissables du Vieux-Nord, ou une fillette arpentant le beau gazon d’une maison cossue avec son vélo. En plus d’avoir une esthétique originale, l’exposition Gordon et Henri vont se balader dans la ville offre une vision à la fois éclectique, excentrique et familière de la vie urbaine.
La commissaire au MBAS, Frédérique Renaud ajoute que le titre de cette dernière combine le regard de l’artiste visuel des années 1970, Gordon Matta-Clark, qui découpait littéralement des édifices pour y faire des « percées visuelles » à l’intérieur. Henri, prénom du célèbre Matisse, qui a produit plusieurs œuvres iconiques, autant en termes de peinture que de collage.
« Tanya travaille avec la photographie à la base et créer des compositions en découpant la photographie. Donc Gordon et Henri vont se balader en ville parce que d’une certaine manière, on réinterprète leur univers, mais à travers la touche très personnelle de l’artiste. »
Et l’expérience de Tanya Morand à Sherbrooke dans tout ça? « Il y a ces espèces de manoirs extraordinaires, le théâtre Granada et le musée d’Histoire (MHist) qui sont des bâtiments magnifiques. C’est très inspirant et ce qui fait que j’aime autant dessiner l’architecture; il y a toujours des détails intéressants », indique celle-ci d’un ton enthousiaste.
Plus du tier des toiles exposées ont Sherbrooke comme point d’origine. Les visiteurs reconnaîtront plusieurs édifices « phares » de la cité. Ils pourront également voir des bribes de Québec, de Madrid et d’Istanbul par exemple. Certaines pièces donnent à réfléchir sur la place de l’humain dans un environnement urbain et quelle est celle que l’on veut bâtir pour l’avenir.
Malgré l’unicité de chaque lieu, tous ont en commun des enjeux de mobilité, de cohabitation et de gentrification. L’exposition de Tanya Morand est une fenêtre sur les avenues possibles d’une qualité de vie équitable pour ces citoyens.
Gordon et Henri font une balade en ville, au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, jusqu’au 4 janvier 2026.
