Autoroute 410 : la problématique sonore enfin reconnue

AUTOROUTE.  Tandis que plusieurs résidents vivant près de l’autoroute 410 se plaignent du niveau sonore élevé, de récentes données d’une étude commandée par la Ville de Sherbrooke au ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) en 2021 ont finalement été déposées en juin dernier. Constat : le seuil de décibels est atteint, surtout dans le secteur du boulevard de Portland.

Selon la Politique sur le bruit routier, établie en 1998, un seuil d’intervention est fixé à 65 décibels (A) sur une période de 24 heures. Cette politique précise que le MTMD doit assumer, également avec les municipalités, les côuts des correctifs lorsque les résidences touchées ont été construites avant 1998. Dans le cas contraire, la facture revient entièrement aux municipalités, alors que le MTQ mentionne qu’il était du ressort des villes de le prévoir. Après quatre ans d’attente, les résultats ont donc été présentés aux élus par le ministère.

L’étude divisait l’autoroute 410 en trois secteurs : entre l’autoroute 10/55 et le boulevard de Portland, entre le boulevard de Portland et la rue King Ouest, puis entre la rue King Ouest et le boulevard de l’Université.

Dans le premier secteur (10/55 – Portland), le seuil est dépassé pour 10 unités d’habitation. Dans le deuxième (Portland – King Ouest), le seuil n’est pas atteint. Dans le troisième (King Ouest – Université), certains sous-secteurs enregistrent toutefois des dépassements.

« Ça voudrait dire que le secteur 1 pourrait être admissible à des correctifs, alors que pour le secteur 3, l’admissibilité reste à confirmer », explique la directrice de l’ingénierie, des eaux et des projets majeurs à la Ville de Sherbrooke, Caroline Gravel lors de la séance plénière du 2 septembre. 

Elle précise que cette première étude demeure indicative : « En aucun cas, elle ne permet de cibler précisément les endroits où des mesures seraient nécessaires, comme l’implantation d’un mur antibruit, dans la majorité des cas. Différents matériaux peuvent être utilisés, mais cette analyse viendrait seulement dans une seconde étude. »

Une seconde étude sera donc requise afin de cibler plus finement les secteurs. Son coût est estimé entre 50 000 $ et 100 000 $, partagé entre la Ville et le MTMD.

Quant à un éventuel projet de mur antibruit, les coûts seraient beaucoup plus importants. Selon Mme Gravel, il faut prévoir environ 12,5 millions de dollars par kilomètre, selon la longueur et les matériaux choisis. Ces dépenses seraient assumées à parts égales entre le MTMD et la Ville si les résidences datent d’avant 1998, mais entièrement par la Ville dans le cas contraire.

« C’est certain que si on parle de 100 mètres ou de plusieurs kilomètres, le prix varie énormément. Les matériaux influencent aussi les coûts. Mais pour donner un ordre de grandeur, on parle d’environ 12,5 millions $ par kilomètre », illustre Mme Gravel, en rappelant que Sherbrooke conservera toujours le choix de refuser la réalisation des correctifs, même si ceux-ci sont recommandés.

À propos des coûts projetés, certains conseillers hésitent à aller de l’avant, craignant que la municipalité n’ait pas les moyens de financer de telles mesures correctives.

« Je ne suis pas à l’aise avec cette nouvelle étude, parce qu’elle risque de créer beaucoup d’attentes qui ne seront peut-être jamais comblées. Investir 12,5 millions $ par kilomètre, je ne pense pas que ce soit la priorité de la Ville pour les prochaines années, surtout quand on considère l’état de désuétude de nos infrastructures en gestion des eaux et celui de notre réseau routier », explique le conseiller du district de l’Université, Paul Gingues.

De son côté, la mairesse Évelyne Beaudin, qui était conseillère municipale du district du Carrefour et l’une des instigatrices de cette demande en 2021, estime qu’il s’agit d’un dossier important pour les citoyens des secteurs touchés, notamment ceux du quartier Saint-Charles-Garnier.

« Je crois que c’est notre responsabilité d’être sensibles. Nous avons aujourd’hui de meilleures connaissances sur les impacts du bruit sur les citoyens. C’est pour cela que l’on ne construit plus de cette façon, qu’on n’implante plus d’autoroutes à proximité immédiate de quartiers résidentiels. Et lorsque c’est le cas, le MTMD impose désormais des mesures de réduction du bruit. Nous devons ça à nos citoyens », insiste-t-elle.