Pollution lumineuse : l’importance de préserver la nuit
RECHERCHE. Est-ce que la pollution lumineuse pourrait avoir un impact sur la santé, autant chez les humains que chez les animaux? C’est ce que le groupe de recherche sur la pollution lumineuse du Cégep de Sherbrooke tente d’observer depuis les dernières années.
On entend souvent parler des conséquences de la pollution lumineuse sur le ciel étoilé, un élément à ne pas négliger selon le professeur-chercheur dans le domaine au département de physique du Cégep de Sherbrooke, Alex Mavrovic. Les recherches de son équipes révèlent tout de même des résultats frappants plus près de chez nous, notamment sur la faune et la flore.
« On a poussé dans la dernière année pour parler de la nuit étoilée, parce que c’est important de préserver le patrimoine mondial qu’est le ciel étoilé, mais la pollution lumineuse, c’est plus que ça. Historiquement, ce sont les astronomes amateurs et professionnels qui ont levé le drapeau rouge, mais on s’est rendu compte que ça affectait beaucoup d’autres domaines : la santé humaine, l’écosystème, la faune, la flore », explique M. Mavrovic.
Selon lui et sa collègue Johanne Roby, professeure-chercheure en pollution lumineuse au département de chimie du Cégep de Sherbrooke, les impacts négatifs sont plus importants qu’on pourrait le croire.
« Il faut penser aux animaux nocturnes. Ça vient bousiller les cycles circadiens chez plusieurs espèces et ça peut même modifier la relation entre prédateurs et proies. On peut penser aux insectes qui tournent autour des lampadaires. S’ils se rassemblent tous là, des prédateurs comme les chauves-souris, que la lumière ne dérange pas trop, y trouvent un buffet à volonté. Ça devient donc un piège écologique. Ceux qui n’aiment pas la lumière se retrouvent avec un plus petit nombre », illustre-t-il, en insistant sur le fait que « ce n’est plus juste une question de protéger le ciel ».
Cette pollution a aussi un impact sur les habitats des animaux.
« On a des autoroutes, on met des lumières partout, les animaux ne sont plus capables de changer d’habitat. On crée des problèmes partout. Les animaux ont besoin de chemins sombres. Des espèces comme les chevreuils peuvent figer devant la lumière : ils vont avoir le réflexe de rester immobiles. On débalance les écosystèmes, mais aussi la biodiversité », indique Mme Roby.
En Estrie, la problématique peut sembler moins importante, puisque l’on se trouve dans la première réserve internationale de ciel étoilé. « Depuis 2007, la Ville de Sherbrooke s’est dotée d’une réglementation contre la pollution lumineuse. Ainsi, les lampadaires n’émettent pas de lumière blanche contenant une forte composante bleue, laquelle pose problème puisqu’elle dérègle l’horloge biologique », ajoute Mme Roby.
Penser à demain
Pour l’avenir, les deux chercheurs souhaitent miser sur la sensibilisation des promoteurs et des citoyens dans leurs choix d’éclairage. « C’est important de sensibiliser toutes ces personnes à bien construire. Il faut que les constructeurs respectent les réglementations, parce que ce n’est pas toujours le cas. On a de beaux exemples à Sherbrooke, dont le développement d’Humano District qui a fait un travail formidable. Costco aussi a porté une attention particulière à l’éclairage, ainsi que plusieurs concessionnaires automobiles sur le boulevard Bourque, qui adoptent de bonnes pratiques. »
Ces bonnes pratiques consistent à utiliser une lumière plus ambrée, à orienter les faisceaux vers le sol, à n’éclairer que lorsque c’est nécessaire et à diminuer l’intensité lumineuse. Selon Mme Roby, les efforts consentis près du mont Bellevue, où environ 150 lampadaires ont été remplacés, ont porté fruit. Elle observe une baisse de la pollution lumineuse de 25 à 30 % dans ce secteur depuis cinq ans. Selon M. Mavrovic, ces pratiques entraînent également des économies d’énergie et d’argent.
Rappelons que Mme Roby et ses collègues ont lancé en 2022 une ampoule ambrée de 1500 K, vendue maintenant à la Coop de l’Université de Sherbrooke au coût de 10 $. Moins le nombre de kelvins est élevé, mieux c’est pour réduire la pollution lumineuse, puisqu’une ampoule diffuse alors moins de lumière bleue. Par exemple, sur le marché, Mme Roby souligne qu’il est possible, mais difficile, de trouver du 2200 K, alors que le 2700 K est plus répandu.
Dernièrement, le groupe de recherche avait trouvé un fournisseur-fabricant pour pousser la commercialisation, mais ce projet est pour l’instant ralenti par les tarifs douaniers.
