Souligner la sobriété, une activité à la fois

CONSOMMATION. Sur un coup de tête, Charlotte R. Crevier s’est lancé un nouveau défi : démarrer un « sober club » à Sherbrooke. Elle-même aux prises avec des enjeux de dépendance, la jeune femme souhaite rassembler d’autres personnes vivant la même réalité afin de célébrer la sobriété à travers diverses activités.

Charlotte R. Crevier prévient d’entrée de jeu : le chemin vers la sobriété peut être « cool ». C’est dans cette optique que la dame de 29 ans a créé une communauté autour du plaisir, et ce, sans substance quelconque. « Le but, ce n’est pas de faire un meeting, mais par exemple de jouer au volley-ball, manger des chips et écouter de la musique. Je veux que les gens quittent en se sentant compris, avec un nouveau sentiment d’appartenance. En espérant que ça sème une graine dans la tête de ces personnes, car je crois que ça peut changer leurs vies », raconte-t-elle.

Toujours à la recherche de nouvelles aventures, la nouvelle directrice de la maison des jeunes de Brompton a publié un appel à tous sur la plateforme TikTok, cumulant plus de 45 000 vues en trois jours. Le projet de Mme R. Crevier se matérialisera finalement le dimanche 3 août, lors d’une première activité au parc Lucien-Bouchard.

« Tu peux avoir du fun quand tu es sobre, indique la jeune maman. Ce n’est pas honteux d’arrêter. Je veux redonner espoir à ces gens, car c’est un gros deuil de cesser toute consommation. En plus, ça peut permettre de briser l’isolement et de créer des liens sains. »

Mme R. Crevier remarque surtout un grand enthousiasme pour ce mouvement. En plus de toutes les vues sur le réseau social en question, une soixantaine de personnes ont démontré de l’intérêt par l’entremise d’un groupe privé sur Facebook. « Il y a une demande. C’était sûr parce que nous vivons dans une société obsédée par l’alcool. Dans les rues, sur nos cellulaires ou autour de quelques amis, l’alcool est partout. C’était donc important d’avoir un “sober club” pour aussi créer un espace sécuritaire », explique la principale concernée.

Une initiative différente

Ce type de démarche devient donc une alternative aux Alcooliques anonymes (AA), se détachant grâce à son côté « ludique et léger ». Mme R. Crevier, qui a elle-même expérimenté les réunions des AA, avoue que ces dernières peuvent porter leurs fruits, mais qu’elles constituent également une « réelle claque dans la face ».

« J’aurais aimé ça [avoir une telle initiative], car ça l’aurait peut-être enlevé une honte et une culpabilité en moi. Ça peut être tellement lourd de parler de consommation et de dépendance. Pour moi, je n’ai jamais accroché aux AA », poursuit l’initiatrice du projet, ajoutant qu’hormis Sherbrooke, seule Montréal a, jusqu’à présent, mis en place ce type de démarche.

Une chose est sûre : elle déborde d’idées pour le futur de son « sober club ».

L’alcool coule à flots

Au fil des années, Mme R. Crevier a su changer son regard sur la consommation. Après avoir consommé de la drogue pour la première fois à l’âge de 19 ans, la Sherbrookoise croque aujourd’hui la vie à pleines dents, malgré les rechutes.

« Personne n’est à l’abri, car c’est un jeu trop risqué. Souvent, les gens, quand ils arrêtent de consommer, pensent perdre une liberté, mais au contraire, tu gagnes une liberté énorme. Tu n’es plus sous l’emprise de ces substances », raconte-t-elle, à cœur ouvert.

Selon la jeune adulte, l’alcool, qu’elle considère comme un « poison », est « glamorisé » par le style de vie actuel des Québécoises et Québécois. C’est-à-dire qu’il possède maintenant un attrait charmant et sensuel. « On le retrouve partout : dans des mariages, des funérailles ou même des “gender reveals“, mentionne celle qui détient une maîtrise en neurosciences. C’est un acte de rébellion et de révolution d’arrêter de consommer dans la société actuelle. »