Sol Zanetti devient le nouveau co-porte-parole de Québec solidaire

QUÉBEC — Sol Zanetti remporte son pari et succède à Gabriel Nadeau-Dubois à titre de co-porte-parole de Québec solidaire (QS). Il se partagera la tâche avec Ruba Ghazal.

Le député de Jean-Lesage, un fervent indépendantiste, a triomphé samedi sur son collègue de Taschereau, Etienne Grandmont, et le Dr Yv Bonnier Viger, récoltant 50,4 % des voix dès le premier tour.

Il était appuyé durant la campagne par les ex-députées solidaires Émilise Lessard-Therrien et Catherine Dorion, mais pas par les députés de son caucus, qui lui préféraient Etienne Grandmont.

«Avec la menace autoritaire et le fascisme qui secouent le monde, il y a urgence de (…) se mobiliser», a-t-il déclaré dans son discours de victoire devant les quelque 400 militants qui étaient réunis à Québec.

«Il y a urgence de renouer avec notre héritage de rêveurs», a ajouté l’ancien professeur de philosophie.

Sol Zanetti assure entrer dans ses nouvelles fonctions sans «naïveté», en prenant la pleine mesure de la «difficulté» et du «défi» qui l’attendent. «La pente sera abrupte, a-t-il dit, mais on a du temps et de bons mollets.»

«Ce soir, Québec solidaire est de retour!» a jubilé Mme Ghazal à ses côtés.

Cette course au porte-parolat se termine alors que QS — qui traîne dans les sondages — souhaite désespérément relancer son option politique et repartir sur de nouvelles bases.

En point de presse samedi matin, Mme Ghazal a d’ailleurs souligné que le parti célébrait «un an sans crise» et s’apprêtait à présenter à la population un programme «simplifié et beaucoup plus digeste».

Chicoutimi, un «test» pour QS

D’ici là, l’élection partielle dans Chicoutimi sera un «test», a reconnu Mme Ghazal lors d’une mêlée de presse conjointe avec la candidate Jeanne Palardy.

«C’est un test pour montrer notre cohérence, qu’on est toujours fidèles à nos convictions, puis qu’on est connectés à la population», a déclaré Mme Ghazal.

«Ce n’est pas un terrain habituellement fertile pour Québec solidaire. Je veux dire, je vais être lucide», a-t-elle cependant ajouté.

La circonscription de Chicoutimi est vacante depuis le départ en septembre de la ministre caquiste Andrée Laforest, qui a brigué sans succès la mairie de Saguenay.

Le gouvernement a six mois suivant le départ d’un député pour déclencher une élection partielle.

Caquiste depuis 2018, Chicoutimi était auparavant un château fort péquiste. Le parti y a régné sans interruption de 1973 à 2018.

«Retirez la loi 2» sur les médecins, somme Ghazal

Par ailleurs, Mme Ghazal a exigé samedi le retrait de la loi 2 qui change la rémunération des médecins, leur impose des cibles de performance et les menace de sanctions.

«Le système de santé est à feu et à sang. (…) Un moment donné, il faut arrêter», a-t-elle lancé.

Selon elle, il faut «recommencer à zéro» et «reprendre les négociations» avec les médecins, afin de «mettre en place des choses qui sont applicables». «La loi, elle est mauvaise», tranche-t-elle.

Après l’adoption de la loi 2 par bâillon le 25 octobre, les médecins étaient «sous le choc, tristes et en colère», selon un médecin spécialiste de Montréal (sans affiliation à QS) qui a tenu à se confier à La Presse Canadienne.

«Maintenant, c’est une espèce d’incrédulité», a-t-il témoigné au bout du fil, demandant l’anonymat de peur de causer la panique au sein de son département qui serait à un cheveu de perdre cinq des ses 12 spécialistes.

Il confie qu’un de ses collègues surspécialisés lorgne les États-Unis, que trois autres ont fait des démarches sérieuses pour déménager en Ontario ou en Alberta, et qu’un autre collègue prendrait une retraite anticipée.

Des menaces en l’air? «Je vous dis, c’est réel. Les demandes qui ont déjà été faites au Collège des médecins, c’est la pointe de l’iceberg. Je ne peux pas parler pour les autres, mais dans mon service, ça va se faire.»

Il explique que les médecins en ont contre la loi 2, car elle «touche l’essence même de la pratique médicale» en imposant des cibles «complètement inatteignables».

Pour illustrer son propos, il explique que son laboratoire devrait techniquement voir 16 patients par semaine, mais depuis deux ans, il en voit quatre par semaine.

Pourquoi? «Il manque de technologues. C’est certain que je ne vais jamais atteindre les cibles du ministère, mais c’est parce que je n’ai pas de personnel!» lance-t-il.

Autre exemple «super concret»: vendredi, trois patients ne se sont pas présentés, «parce que leurs rendez-vous avaient été mal cédulés par la centrale de rendez-vous».

«J’étais ici, disponible pour les voir! (…) J’ai des collègues qui sont tellement tannés d’avoir des plages vides dans leurs horaires de clinique qu’eux-mêmes cédulent leurs propres rendez-vous!

«Donnez-nous des travailleurs sociaux, des physiothérapeutes, des ergothérapeutes, des agents administratifs qui sont capables de prendre des rendez-vous comme il faut», a-t-il résumé.

Environ 1000 personnes se sont rassemblées devant l’Assemblée nationale samedi dernier pour protester contre la loi 2. Au moins dix fois plus de manifestants sont attendus au Centre Bell dimanche.