Un retour au jeu chargé d’émotion pour une jeune hockeyeuse
HOCKEY FÉMININ. Dimanche après-midi, au Centre Julien-Ducharme, l’atmosphère était bien différente des autres matchs du Phoenix M18 AA féminin. Sur la glace, parmi les joueuses, se trouvait Alicia Laroche, 17 ans, originaire de Coaticook. Pour la première fois depuis plus d’un an, alors qu’elle vient de revenir au jeu après un difficile combat contre la leucémie, la hockeyeuse disputait un match à domicile devant parents, amis et coéquipières.
En août 2024, Alicia apprend qu’elle est atteinte d’une leucémie lymphoblastique aiguë de type 2. Le diagnostic tombe brusquement, après quelques jours où son énergie avait chuté de façon inquiétante. « J’étais vraiment fatiguée, alors je suis allée consulter. J’ai passé des tests et, le lendemain, on m’annonçait que j’avais la leucémie et que je devais commencer les traitements immédiatement », raconte-t-elle.
Évidemment, la nouvelle frappe fort pour toute la famille, mais Alicia ne s’est pas laissée abattre. « J’étais en colère, mais je suis un peu tête de cochon. Mes parents disent souvent que je suis militaire. Alors je me suis bottée le c**, et j’ai décidé que je n’allais pas me laisser abattre. »
Pour son père, Patrick, ce diagnostic a l’effet d’une bombe. « Je pense que ce qui nous a fait le plus peur, c’est l’inconnu. On apprend qu’elle a la leucémie, et là c’est 1001 questions qui nous viennent en tête. Quel est le taux de guérison, quels sont les traitements, pendant combien de temps? Puis, on nous dit qu’il faut qu’elle commence tout ça dès le lendemain. C’était vraiment stressant », témoigne-t-il.
Malgré tout, la jeune fille fait preuve de caractère. Son père se souvient d’ailleurs d’un moment au début des traitements qui l’a particulièrement marqué. « À l’hôpital, on lui a proposé une chaise roulante, pour se déplacer. Elle a regardé le médecin et a dit : “Tu vas pouvoir la garder, je n’en aurai pas besoin.” Ça nous a bien fait rire, mais on a tout de suite reconnu notre Alicia », partage-t-il, alors que lui et sa fille sont incapables de contenir leur sourire après cette anecdote.
Le hockey comme fil de résistance
Privée de glace du jour au lendemain, Alicia perd non seulement ses repères sportifs, mais aussi une partie de son quotidien. « Je passais tout mon temps dans les arénas, puis du jour au lendemain, je ne peux plus. Ça a été dur sur le moral, mais c’est aussi ce qui m’a motivée à avancer. »
En effet, malgré les traitements, elle continue de se présenter à l’aréna quand elle en est capable. Elle observe, encourage, parle stratégie. Elle patine même un peu, à l’occasion. Son entraîneur, Francis Rosa, qui la côtoie depuis plusieurs années, n’est pas surpris.
« C’est une battante, une vraie passionnée. Même pendant ses traitements, elle venait aux matchs quand elle en était capable. Elle nous donnait de l’énergie… mais je crois aussi que c’est ça qui la gardait motivée, d’être avec son équipe, sa gang, ses amies. »
M. Rosa parle d’elle avec une affection sincère. “
Je dis toujours aux parents, quand elles embarquent sur la glace, ce sont mes filles l’espace d’un match ou d’une pratique, donc je veux toujours ce qui a de mieux pour elles. Quand on a appris le diagnostique d’Alicia, ç’a été très difficile. Alors apprendre qu’elle pouvait revenir au jeu cet été, ça nous a tous fait quelque chose », commente l’entraîneur.
La hockeyeuse a donc recommencé les entraînements sur la glace dans les dernières semaines. Ses habiletés reviennent vite, son cardio beaucoup moins. « On riait parce que son talent n’avait pas bougé, mais l’endurance, c’était autre chose, raconte Francis Rosa. Avec raison! », s’assure-t-il de préciser.
Un retour émotif
Alicia dispute son premier match la semaine précédente, sur la route. « J’avais dit aux filles que ça se pouvait que j’aie l’air d’un cône, donc d’être prêtes à me backer, lance-t-elle en riant. Ça a été difficile pour le souffle, mais je pense que je m’en suis bien sortie. »
Dimanche, dans l’aréna sherbrookois, impossible de ne pas remarquer son regard qui retourne sans cesse vers la glace pendant l’entrevue. Une vraie passionnée, incapable de décrocher.
Aujourd’hui, Alicia est en rémission. Elle joue au hockey avec sa sœur Naomy, elle aussi évoluant avec le Phoenix. Questionnée à savoir ce qu’elle souhaite pour le reste de l’année, sa réponse courte, simple, mais pleine de sens. « Tout ce que je veux, c’est jouer, donner le meilleur de moi-même… et gagner ! »
Si ce n’était pas suffisant, Alicia et ses coéquipières ont profité de cette journée mémorable pour remporter leur match de dimanche, 1 à 0.
